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Le tennis comme un phare : Comment Monique Begy, bénévole de la Coupe Rogers, a surmonté les obstacles

28 Juil 2016
Écrit par: Tennis Canada
Écrit par: Tennis Canada
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Une opération au cerveau l’amène à vivre une expérience exceptionnelle avec le tennis

par Nicole Watts

À peine cinq minutes après avoir mis pied pour la première fois sur le site de la Coupe Rogers présentée par Banque Nationale, Monique Begy a vu Rafael Nadal être reconduit à son terrain d’entraînement en voiturette de golf — un beau clin d’œil pour n’importe quel amateur de tennis.

Elle a passé trois ou quatre jours au tournoi à prendre des tonnes de photos et à flâner sur le site. Adolescente active et heureuse, elle se mêlait facilement à la foule de spectateurs profitant de l’été.

Pourtant, ceci n’était pas une visite quelconque pour Monique. Le simple fait de franchir les tourniquets du Centre Aviva par elle-même — sans fauteuil roulant, sans cane et sans déambulateur — était un exploit remarquable. En fait, qu’elle soit encore en vie tenait du miracle.

C’était en août 2010. À peine 13 mois plus tôt, Monique n’était pas encore une amatrice de tennis. Elle était une nageuse élite ayant des espoirs réalistes de participer aux Jeux olympiques. Quelques jours après son 16e anniversaire de naissance, elle était à Montréal pour les championnats canadiens. Une fois à la piscine et prête à concourir, elle a commencé à se ressentir des nausées et souffrait d’un mal de tête et d’étourdissements.

Neuf heures plus tard, elle était ramenée à sa chambre après avoir subi une chirurgie d’urgence du cerveau pour arrêter une hémorragie. Immédiatement après l’opération, Monique ne pouvait ni voir, ni marcher, ni parler, et, à ce moment-là, sans aucune compréhension de ce qui lui arrivait.

« C’était une procédure d’urgence, car ils ne savaient pas ce qui causait l’hémorragie ou ce qui l’avait produite », mentionne-t-elle. « C’était une situation très délicate. »

On a diagnostiqué à Monique une malformation artérioveineuse cérébrale (MAV), une pelote de vaisseaux sanguins qui peuvent rompre et donner lieu à une hémorragie. On ne connait pas les causes des MAV, mais on croit qu’elles se forment très tôt au cours de la grossesse. Bien qu’elles puissent se produire n’importe où dans le corps, c’est au cerveau qu’elles sont les plus dangereuses, produisant des symptômes et des déficits comme des AVC. Chez certaines personnes, elles peuvent ne jamais se manifester.

Il est donc rare de naître avec une MAV. Il est rare de naître avec une MAV au cerveau — cela se produit dans moins d’un pour cent de la population. Il est rare qu’une MAV éclate et lorsque cela survient, il est rare de survivre sans traumatismes sérieux. Contre toute attente, Monique y est parvenue.

« Nous avons été témoins d’un miracle », confie sa mère, Jane Begy. « Et le milieu médical est d’accord avec cela. Ceci n’est pas un résultat habituel, mais quand il survient, c’est que tu dois accomplir quelque chose de spécial. »

Monique and dad

Presque immédiatement, son père Peter était à son chevet, ayant pris un avion de Toronto pour être à ses côtés. Jane était de retour à la maison, à Kitchener, avec sa famille, répondants aux nombreux appels et essayant de comprendre ce qui se passait.

« Je ne savais vraiment pas la gravité de la situation jusqu’à ce que je reçoive un appel de l’hôpital “Est-ce la mère de Monique ? Êtes-vous bien assise ? Veuillez-vous asseoir, s’il vous plaît. Êtes-vous seule ? Assurez-vous de ne pas être seule. Monique est dans un état critique et nous avons dû l’opérer d’urgence.” »

Jane a confié la garde de son fils Sean, 12 ans, à des membres de sa famille et a ainsi pu se rendre à l’hôpital quelques jours plus tard pour commencer une nouvelle vie dans laquelle « tu ne regardes pas en arrière, tu ne regardes pas en avant, tu restes dans le moment présent. »

Les objectifs de Monique, après la MVA, n’étaient plus de remporter une médaille dans la piscine, mais bien d’aller de l’avant et de s’améliorer quotidiennement. De réussir à écrire son nom, à attacher son collier et finalement être capable de marcher.

« Je me souviens clairement être assise dans la salle de physiothérapie à peine une semaine après l’opération. Ils les lèvent et les font bouger tellement rapidement », poursuit Jane. « Monique est assise dans un fauteuil roulant et ils lui lancent un ballon de plage pour voir si elle peut l’attraper. La semaine précédente, elle participait aux championnats canadiens. Parfois, on se demande ce qui vient d’arriver. »

En fait, c’est l’entraînement de Monique — elle s’entraînait dix fois par semaine et participait à de plus en plus de compétitions internationales — qui lui a permis de survivre.

« Grâce à l’entraînement, j’avais beaucoup d’endurance et de résistance et j’ai été capable de survivre à une opération de neuf heures », raconte Monique. « Nager a occupé une grande partie de ma vie et m’a permis de devenir ce que je suis aujourd’hui en termes d’engagement et de détermination. C’est ce qui m’animait durant ma convalescence et c’est ce qui me suit encore aujourd’hui. C’est grâce à la natation si je suis en vie. »

Monique

Après presque trois semaines, elle a été transférée à London afin d’être plus près de la maison. Elle a dû subir une autre opération pour enlever la malformation et bien qu’elle ait mieux pris cette intervention que la première, elle a quand même dû réapprendre à marcher et à gérer la douleur et les maux de tête.

C’est à l’hôpital, à Montréal puis à London, qu’elle a commencé à s’intéresser au tennis. Il n’y avait pas beaucoup de distraction dans sa chambre autre que la télévision. Comme c’était l’été, beaucoup de matchs de tennis étaient télévisés. Amatrice de sport en général, elle trouvait que la voix des commentateurs (Brad Gilbert est son préféré) était rassurante durant son processus de réapprentissage. C’est ainsi qu’elle s’est familiarisée avec les règles du jeu et les joueurs.

Lorsqu’elle a recouvré la vue et qu’elle a été capable de regarder du tennis pour la première fois, elle a eu la sensation d’assembler des morceaux d’un casse-tête.

Monique and Jane

« Lorsque j’ai pu voir les matchs, j’ai beaucoup mieux compris », confie-t-elle en blaguant qu’auparavant, le seul tennis avec lequel elle était familière était grâce à la Wii. « Constater à quel point les joueurs se déplaçaient rapidement, frappaient fort et créaient des angles impossibles était formidable. J’ai commencé à mieux comprendre et à aimer davantage ce sport. »

Et c’est à ce moment-là, dans sa chambre d’hôpital à London, qu’elle a regardé l’édition 2009 de la Coupe Rogers et qu’elle a décidé d’assister au tournoi l’année suivante — et d’y aller sur ses deux pieds.

« Mon rêve est devenu réalité. Je n’étais une amatrice que depuis un an, mais lorsque j’ai quitté l’hôpital, j’utilisais encore un déambulateur et un fauteuil roulant et mon objectif était de franchir les portes de la Coupe Rogers par moi-même, sans aide. Et c’est exactement ce que j’ai fait. Lorsque je suis arrivée au stade, je ne cessais de penser à la promesse que je m’étais faite un an plus tôt. »

Depuis, elle vient à la Coupe Rogers chaque année, mais à titre de bénévole. En 2011, Monique et sa mère étaient bénévoles au tournoi de Montréal, ayant profité du fait que Monique devait choisir ses cours à l’université McGill. L’année suivante, elles ont joint le comité du contrôle d’accès de Toronto et en font encore partie. Jane, qui auparavant n’aurait pas pu nommer cinq joueurs de tennis, est maintenant une chef de comité.

« Cette expérience de bénévolat est fantastique », explique Monique. « L’équipe est comme une grande famille et tout le monde est tellement gentil. C’est vraiment un bon groupe de personnes agréables. J’adore aider les gens et travailler avec eux, je me plais donc à interagir avec d’autres amateurs en répondant à leurs questions. »

Monique and Jane 2 (2)

C’est avec une attitude positive que Monique a géré sa nouvelle situation avec grâce et détermination. Et durant toute sa réadaptation, le tennis a toujours été présent.

« Je crois que le tennis a été une sorte de phare », mentionne-t-elle. « Quand j’ai dû arrêter de nager, je ne savais pas quoi faire et j’ai eu beaucoup de difficulté à accepter que ma carrière de nageuse fût terminée. Toutefois, c’était bien de pouvoir m’asseoir et me laisser absorber par le tennis, d’en faire partie et d’approfondir mes connaissances sur ce sport. »

Son joueur préféré est Juan Martin Del Potro, qu’elle admire depuis le temps où elle devait se contenter d’écouter les grognements, le bruit des souliers sur le terrain et de la balle qui fend l’air. Sa première incursion dans le monde du tennis est survenue quelques semaines avant que l’Argentin remporte les Internationaux des États-Unis. Ses liens avec lui n’ont fait que se resserrer même s’il a été ennuyé par de multiples blessures.

« C’est une autre chose qui m’a attirée vers lui. Sa blessure au poignet après les Internationaux des États-Unis et le fait qu’il a dû se faire opérer. Je pouvais comprendre ce qu’il ressentait comme athlète, car lui non plus ne pouvait pas faire ce qu’il aimait. »

Monique est aujourd’hui âgée de 23 ans et vient d’obtenir son diplôme en géographie de l’université McGill. Durant ses années universitaires, elle a fait du bénévolat toutes les semaines à l’hôpital neurologique où elle avait été hospitalisée. Bien qu’elle éprouve encore des séquelles de son MAV, notamment un manque de force du côté gauche, à la regarder, personne ne se douterait de tout ce qu’elle a enduré.

Monique

Le mois dernier, elle a voyagé en Europe et travaillera à plein temps à Toronto à compter du mois d’août. Cette semaine, elle en est à sa sixième année de bénévolat à la Coupe Rogers.

Si vous la croisez cette semaine, sachez que ce qu’elle désire le plus est de rendre votre visite encore plus agréable !