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Tebbutt : Djokovic et la finale de Roland-Garros

09 Juin 2015
Écrit par: Tom Tebbutt
Écrit par: Tom Tebbutt
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Est-ce que les gens croient vraiment que Stan Wawrinka aurait dominé Novak Djokovic autant qu’il l’a fait dimanche, à Roland-Garros, si Djokovic avait été à sa forme optimale?

Pour cet humble observateur, une question me trottait dans la tête avant la finale : le fait que Djokovic a dû terminer sa demi-finale samedi contre Andy Murray, ce qui ne lui donnait pas de journée de repos, serait-il un facteur?

Après avoir regardé le match, je ne peux m’empêcher de dire oui.

Djokovic était-il à 92 ou à 96 pour cent? C’est impossible à évaluer. Cependant, si Wawrinka a été capable de contrôler autant d’échanges, c’est sans doute dû aux quatre ou huit, ou peu importe le pourcentage manquant au jeu de Djokovic.

Existe-t-il un joueur qui n’a jamais été fatigue, malade, blessé ou simplement moins présent dans un match et qui s’est fait battre par un adversaire qu’il a pourtant l’habitude de vaincre? À l’inverse, qui n’a jamais eu raison d’un meilleur joueur lorsque ce dernier n’est pas à son mieux?

Cela ne prend pas grand-chose – quelques pieds de moins en profondeur sur chaque coup, un pied de moins de couverture du terrain parce que le corps ne suit pas ou un temps de réaction moins rapide – pour que le joueur négligé arrache la victoire.

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Il faut noter que Wawrinka est un excellent joueur, assez bon pour briller contre Djokovic si le Serbe n’est pas au sommet de sa forme.

Le meilleur exemple du brio du Suisse est probablement son impressionnant gain de 7-6(7) et 6-2 aux dépens de Rafael Nadal en quart de finale du tournoi de Rome, il y a un mois. D’une certaine façon, c’était sans doute une meilleure performance que celle contre Djokovic, car Nadal ne semblait pas avoir une raison apparente – fatigue, blessure, etc. – pour ne pas être en forme. Toutefois, Wawrinka l’a battu – même si l’Espagnol a été incapable de remporter le jeu décisif de la première manche après avoir mené 6-2 (quatre balles de manche consécutives).

Le lendemain, Wawrinka, qui admettait avoir eu un creux émotionnel après sa première victoire face à Nadal sur la terre battue, a été une proie facile pour Federer en demi-finale, tombant 6-4 et 6-2 après avoir possédé une avance de 3-0 à la manche initiale.

Le niveau de jeu des six parties qu’il a fallu pour finir la quatrième manche du match Djokovic – Murray, samedi, a été extraordinaire, exigeant échange après échange.

Même si Djokovic a gagné la cinquième manche 6-1, l’énergie physique et émotionnelle requise pour terminer cette demi-finale – même préparation d’avant-match, même récupération d’après-match – a dû avoir une incidence sur le Serbe. Surtout après son triomphe sur Nadal, neuf fois champion à Paris, en quart de finale.

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Des quatre grands, Djokovic a toujours été le perdant le plus courtois et il l’a encore démontré dimanche. Son principal objectif des trois dernières années était de remporter Roland-Garros et il devait être dévasté d’avoir encore une fois failli à la tâche. Toutefois, il a été un parfait gentilhomme lors de la traditionnelle poignée de main au filet et dans toutes ses allocutions d’après-match.

Voici une citation extraite de sa conférence d’après-match avec les médias lorsqu’on lui a demandé s’il était défavorisé parce qu’il avait joué trois jours de suite.

« Je ne cherche pas d’excuse pour cette défaite », mentionnait Djokovic. « Ce ne serait pas juste envers Stan. Je ne crois pas que ce serait très sportif de me plaindre ici, devant vous. Il est vrai que ces deux matchs ont été exigeants physiquement et émotionnellement, mais je me sentais très bien aujourd’hui.

“J’étais prêt à me battre et c’est ce que j’ai fait. Je n’ai peut-être pas senti que j’avais de la force explosive dans les jambes à certains moments importants, mais il a été le meilleur joueur des deux aujourd’hui. C’est tout.”

Comme on l’a dit, l’esprit sportif de Djokovic est sans égal, mais si vous savez lire entre les lignes, il était quelque peu diminué… Bref, chacun a droit à son opinion.

Il semble injuste que Djokovic – finaliste à trois reprises et quatre fois demi-finale – n’ait pas encore triomphé à la Porte d’Auteuil. En 2012, il a perdu en cinq manches face à Murray aux Internationaux des États-Unis dans des conditions semblables – il a dû terminer la demi-finale contre David Ferrer le dimanche alors que Murray a profité d’une journée de congé avant la finale du lundi.

Les conditions météorologiques du week-end dernier ont forcé le report de la fin de la demi-finale. C’était une force majeure hors de son contrôle.

Plusieurs grands champions ont été victimes du mauvais sort dans certains Grands Chelems. Ainsi, le Suédois Bjorn Borg n’a jamais conquis les grands honneurs des Internationaux des États-Unis même s’il était le meilleur joueur du tableau – lors de la finale de 1978, il a souffert d’ampoules au doigt qui l’empêchaient de bien tenir sa raquette contre Jimmy Connors, et en 1979, il est tombé en quart de finale dans un match disputé sous les réflecteurs contre le puissant serveur Roscoe Tanner.

En 1984, John McEnroe a perdu la finale de Roland-Garros contre Ivan Lendl après avoir mené 6-3 et 6-2 à cause de quelques incidents, habituellement qu’il s’est infligé à lui-même. Pete Sampras avec son cas de thalassémie mineure dans des conditions chaudes et humides contre Yevgeny Kafelnikov lors de la demi-finale de 1996, et Stefan Edberg – 10 balles de bris ratées à la quatrième manche alors qu’il menait Michael Chang deux manches à une en finale de Roland-Garros, en 1989.

Cela arrive donc. N’empêche que ça ne semble pas juste que la fiche de Djokovic ne soit que de 8-8 en finales de Grands Chelems – 50 pour cent. Celle de Federer est de 17-8 ou 68 pour cent, alors que celle de Nadal est de 14-6 ou 70 pour cent.

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Il reste que Wawrinka a été brillant. Il n’aurait pu mieux jouer. Il a conservé son calme devant celui qui est, et de loin, le meilleur joueur du monde. Il était de glace lorsqu’il tirait de l’arrière 0-40, triple balle de bris, à la huitième partie de la quatrième manche – produisant une volée gagnante, un revers gagnant et un ace – alors que les joueurs semblaient se diriger vers une cinquième manche.

Il mérite également des félicitations pour sa générosité et son empathie après le match. Après avoir embrassé sa famille, son équipe et ses amis dans les estrades, il est revenu sur le terrain et est allé voir Djokovic pour lui parler et le réconforter.

Je m’étonne toujours que, trop souvent, les joueurs oublient que leur degré de satisfaction et de joie dans la victoire est proportionnel à la qualité de leur adversaire. Vaincre Djokovic en 2015 est le summum de la réussite et c’est ce que Wawrinka reconnaissait.

Alors… la malchance continue de s’acharner sur Djokovic à Roland-Garros. L’ironie veut que dans quelques années, lorsqu’il y aura un toit rétractable au Court Philippe-Chatrier (comme c’est le cas aux Internationaux d’Australie et à Wimbledon et le sera aux Internationaux des États-Unis en 2016), une demi-finale comme celle de Djokovic et de Murray soit terminée sans interruption et la journée de repos ainsi respectée.

Toutefois, les sports se déroulent dans le moment présent et produisent un gagnant et un perdant.

Encore et toujours Serena

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Samedi, Serena Williams a ajouté un 20e titre de Grands Chelems à sa collection grâce à une victoire de 6-3, 6-7(2) et 6-2 aux dépens de Lucie Safarova.

Son parcours a été remarquable, cinq de ses sept victoires ayant nécessité trois manches – et quatre fois après avoir perdu la manche initiale.

Les amateurs de tennis cherchent constamment des signes de ralentissement chez Williams, 33 ans, tout comme ils l’ont fait pour Federer.

À constater le résultat final, Williams ne semble pas prête à laisser sa place, mais ses lents départs sont peut-être un signe de vulnérabilité. Toutefois, la façon dont elle a de surclasser ses adversaires est totalement fantastique.

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Ses rivales s’accrochent et suivent son rythme jusqu’à ce qu’elle décide de passer à une vitesse supérieure. Anna-Lena Friedsam, Victoria Azarenka, Sloane Stephens, Timea Bacsinszky et Safarova (ci-dessous) en savent quelque chose.

Le danger est qu’elle joue avec le feu et qu’à un certain moment, elle ne sera plus capable de se sortir du pétrin. Le côté positif est que ses adversaires s’attendent toujours à perdre, peu importe si elles sont en avance ou non.

À 33 ans et 254 jours, Williams est la deuxième joueuse la plus âgée de l’ère ouverte à conquérir un trophée d’un Grand Chelem, derrière Martina Navratilova qui était âgée de 33 ans et 263 au moment de remporter Wimbledon, en 1990.

Le prochain défi de Williams sera de conserver ses espoirs d’un Grand Chelem d’une année civile à Wimbledon, alors qu’au cours des deux dernières années, elle est tombée au quatrième tour face à Sabine Lisicki, et au troisième contre Alizé Cornet.

Rien ne fonctionne pour Eugenie

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Genie Bouchard a perdu son neuvième match en dix sortie, s’inclinant 6-4, 1-6 et 6-4 aux mains de la 76e mondiale Yaroslava Shvedova, du Kazakhstan, au premier tour du tournoi de Bois-le-Duc, aux Pays-Bas.

Le plus incroyable est qu’après avoir concédé la première manche, Bouchard a gagné cinq jeux consécutifs, en a perdu un et en a gagné cinq autres de suite, mais n’a pas réussi à empocher le match.

Menant 4-0 à la troisième manche et 0-30 sur le service de Shvedova, il semblait presque impossible qu’elle perde. Sauf qu’elle ne jouait pas le tennis dynamique et dominant qu’on lui connait et que Shvedova n’était pas tout à fait là. Soudainement, les lumières de la Kazakhe se sont allumées et tout a basculé pour Bouchard.

Shvedova confiera par la suite que la visite de son entraîneur sur le terrain l’a beaucoup aidée. Elle avait disputé la finale du double de Roland-Garros, dimanche, et n’avait eu qu’une journée pour faire la transition sur le gazon.

“À la troisième manche, mon entraîneur m’a dit de prendre ce match comme un entraînement. J’espère pouvoir m’entraîner comme cela jusqu’à Wimbledon!”

Ainsi, alors que Bouchard devenait tendue, Shvedova laissait aller ses coups.

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Bouchard n’a pas fait appel à son entraîneur Sam Sumyk durant le match.

La semaine prochaine, elle participera au tournoi de Birmingham la semaine prochaine et à une autre épreuve la semaine suivante avant le début de Wimbledon.

Elle n’a aucun point à défendre d’ici Wimbledon, mais en a 1 300 pour sa finale au All-England Club de l’an dernier. Elle occupe actuellement le 11e rang mondial et pourrait dégringoler jusqu’au 25e après Wimbledon si les résultats continuent à se faire attendre.

Souvenir

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Avant l’achalandage du Court Philippe-Chatrier lors de la dernière quinzaine, il y avait des après-midi tranquilles à Roland-Garros il y a trois semaines. Ci-dessus, Roger Federer (à droite) et Pablo Cuevas à l’entraînement.

Maria et Rafa

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Ici, les champions de 2014 s’apprêtent à participer au tirage officiel de l’édition 2015 de Roland-Garros. Qui aurait cru qu’à eux deux, ils ne remporteraient pas plus que sept matchs?

Paris… Paris… Paris…

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Cette sculpture de Suzanne Lenglen, la diva du tennis français des années 1920, se trouve juste à l’extérieur du stade nommé en son honneur. La plupart des spectateurs la voient de profil, mais cet angle-ci donne un tout nouveau point de vue.