Je me souviens : Et à la fin, Steffi sourit

jeudi, 25 Juil

En ce milieu d’été 1990, le Challenge Player’s (ancêtre de la Coupe Rogers) entame sa deuxième décennie d’action à Montréal et jamais le tennis féminin ne semble s’être aussi bien porté. Un bassin de nouvelles championnes émerge (Capriati, Martinez, Seles, Sabatini, Sanchez-Vicario, Fernandez, les sœurs Maleeva, toutes âgées de 14 à 20 ans). D’autres, à l’instar de l’inoxydable Navratilova (34 ans), tentent de résister tant bien que mal à cette nouvelle vague.

À la lecture de la feuille de route de Steffi Graf, on aurait tendance à ranger l’Allemande dans la première de ces deux catégories. Pourtant, du haut de ses 21 ans (!), la meilleure joueuse du monde de l’époque ferait presque figure « d’ancienne » dans le tableau. Elle domine quasi sans partage le circuit depuis plus de deux ans, notamment grâce à son fameux Grand Chelem doré* (deux défaites en 1987, trois en 1988, deux en 1989, trois en 1990 en arrivant au parc Jarry). Ses états de service expliquent aisément pourquoi celle que l’on surnomme alors « Mademoiselle Coup Droit » cristallise l’attention médiatique. Le public montréalais, au diapason de la presse, ne boude pas son plaisir de l’accueillir pour la toute première fois chez lui.

Katerina Maleeva

Les unes de journaux relatant la victoire de Graf le dimanche 5 août au parc Jarry semblent préparées de longue date. N’en déplaise à la glorieuse incertitude du sport et sans faire offense à l’admirable Katerina Maleeva, son adversaire en finale et tombeuse, la veille, de Sabatini, pas un amateur n’imagine alors la Bulgare contester la suprématie allemande.

La reine Steffi entre du reste dans la finale pied au plancher. Elle empoche la première manche 6-1, n’abandonnant que 10 petits points au passage. Services puissants, volées appuyées, revers coupés… toutes ses armes létales trouvent la cible. Sur sa lancée, elle se détache 3 jeux à 1 dans le second acte quand survient le premier accroc : une partie mal maîtrisée, une adversaire relancée et un ciel soudainement décidé à s’en mêler.

L’ondée passée, c’est un autre orage nommé Maleeva qui s’abat sur Graf. Emmenée jusqu’au jeu décisif, l’Allemande plie sous les coups de l’ouragan Katerina, décomplexée et bien décidée à déjouer les pronostics unanimes.

Embarquée dans une troisième manche décisive, la numéro 1 retrouve alors des couleurs pour finalement imposer sa loi 6 jeux à 3 et enchanter à son tour les 9 000 spectateurs présents au Stade Jarry.

Le soulagement se lit sur le visage de Graf, d’ordinaire impassible. Tellement sûre de son fait lorsque son jeu est en place, Steffi donne finalement l’impression d’avoir voulu prolonger le suspense et le plaisir des spectateurs. Adoptée par le public montréalais, Graf s’autorise quelques blagues au micro, sans qu’on y comprenne grand-chose. L’essentiel est ailleurs, elle s’ouvre au public et affiche un sourire inédit.

Malgré la défaite, Maleeva tire des enseignements positifs d’une toute première manche remportée face à Graf.

Outre le public, l’autre grand vainqueur de la semaine est incontestablement le tournoi lui-même, salué par les athlètes, au premier rang desquelles la finaliste du jour : « C’est le mieux organisé auquel j’ai participé au cours de mes six ans de carrière ».

*En 1988, Steffi Graf remporte les quatre tournois du Grand Chelem. Un exploit qu’elle complète en s’adjugeant la médaille d’or olympique aux Jeux de Séoul.

Mots-clés